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lundi 15 décembre 2008

Bibi King

Nous sommes à l'IITPD, le centre de monsieur Bato, depuis 3 jours et nous apprenons quelques mots d'Hindi pour baraguiner quelque chose avec les membres du centre. Presque tous viennent du Bihar, pourtant l'un d'entre eux semble différent. Il est très grand, il est plus blanc que ses collègues, couleur café au lait, mais comme eux il parle Hindi et porte une belle moustache. Son nom est BiBi, ou du moins c'est comme ça que les gens qui sont incapables de prononcer son nom (comme nous) l'appellent. En réalité, il vient du Népal. Il parle anglais, Hindi et Tamul en plus de sa langue natale. C'est un ami a lui qui lui a parlé d'un poste de garde de nuit a l'IITPD. Agriculteur au Nepal, ne gagnant pas un sou, il n'a pas hésité à quitter son pays natal et à parcourir quelques 1800 km pour arriver dans le Tamil Nadu. Il a laissé ses terres à son frère et ses deux enfants à sa femme. Le plus jeune a 6-7 ans et l'autre 14-15 ans, nous dit-il.
Le travail de garde de nuit était extrêmement ennuyeux. Imaginez passer toutes vos nuits à lutter contre la fatigue pour éviter un danger qui ne vient jamais. Heureusement, comme il montrait beaucoup de bonne volonté, on lui a demandé de faire plein d'autres petites choses. C'est vrai qu'il travaille bien. Il est tout le temps à droite à gauche pour réparer l'électricité, faire les courses, arranger les petits problèmes de chacun et c'est même lui le meilleur chasseur de crabe du centre. Malgré ces milliards de petites choses à faire, il nous a meme aidés à traduire quelques interviews.
Bibi fait parti de ce genre de gens qui ne ferait pas de mal à une mouche, qui sourit tout le temps et qui se plierait en quatre pour t'aider. Il ne dit jamais non et ne sait pas s'enerver. Il est un peu timide, un peu mal à l'aise, ce qui lui donne un air très attachant.
Pourtant comme beaucoup de gens qu'on a rencontrés, lorsqu'il se confie, on comprend que derrière ce sourrire et cette gentillesse, se cache un lourd vécu. Un soir, nous avons longuement discuté. C'est comme cela que nous avons appris que son frère est mort le mois dernier. Bien sûr, il n'a pas pu aller à son enterrement... Et puis sa femme souffre d'une maladie à la gorge qui leur coute beaucoup d'argent sans grande amélioration de sa santé. Elle prend beaucoup de médicaments et a dû quitter ses enfants pour venir se faire soigner près de son mari. Ses enfants se retrouvent seuls au Nepal pour s'occupper de leur grand-mère. Il ne va pas les voir pendant au moins un an. Le plus dur est certainement de le voir impuissant face à ces malheurs qui s'acharnent sur lui : "Mais quand on est pauvre, comment faire autrement ?" finit-il par nous confier...

lundi 17 novembre 2008

Le biogaz a la montagne

C’est au sommet d’une montagne de Niupeng que nous retrouvons le petit village de Dengjiaying. La vue est a couper le souffle. On en oublierait presque les routes lamentables qu’empruntent chaque jour les habitants du village. Lorsque l’on s’aventure un peu plus a sillonner les chemins boueux du village, nous retrouvons un petit groupe de maisons, bloti au coeur d’une foret de pins. Le vert des arbres est en contraste avec le rouge intense de la terre. Les maisons, d’un brun clair, sont pour la plupart delabrees, fissurees. Certaines sont meme abandonnees. Cependant la densite importante de ces petites baraques en terre, entremelees les unes aux autres, confere a Deng jia ying un caractere tres chaleureux. La presence de poules, de vaches, de cochons ou de chiens dans tous les moindres recoins renforce l’ambiance conviviale.

C’est au milieu de cette palette de couleurs que se dresse une belle maison blanche…

C’est une dame qui nous ouvre la porte, suivi de deux jeunes garcons. Apres avoir fait fuire le chien qui monte la garde, elle nous invite a entrer et nous asseoir. Elle nous couvre de toutes les attentions, tres fiere de nous accueillir dans sa nouvelle maison que son mari vient de lui offrir. Elle nous raconte qu’il l’a construite lui meme et nous explique que rien n’aurait ete possible sans la tenacite et la volonte de son mari. Elle nous raconte le courage dont il a fait preuve au cours de sa vie. Celui-ci n’a pas hesite a quitter son village natale pour se lancer dans la vente de pierres dans le Yunnan, la province voisine. Lorsque son grand-pere lui cede ses quelques 10 mous, il est revenu s’installer et a tout de suite investi l’argent gagne dans une nouvelle culture qui n’avait pas encore fait ses preuves : le tabac.

Alors, il y a trois mois, lorsqu’il a entendu parler d’Initiative Developpement et du biogaz, il a ete un des premiers a tenter l’experience, malgre les 1500 yuan et le temps de travail que lui a pris la construction du reservoir. Il espere ainsi economiser 700 yuans par an.

A peine utilise, le biogaz fait deja le bonheur de la famille. Les toilettes directement reliees a la cuve, sont beaucoup plus propres qu’avant. Maintenant les dechets vont dans le reservoir et ne macerent plus sur place. Et puis surtout, cela fait le bonheur des enfants, qui grace a la nouvelle plaque ont leur dejeuner plus rapidement. Autant de sommeil gagner avant d’aller a l’ecole.

Plus tard ils esperent en plus pouvoir profiter des dechets du biogaz pour les epandre sur leurs terres et diminuer la consommation d’engrais chimiques…

Le train train des bonbons

“Evitez de marcher sur la voie de chemin de fer”, voila ce que tout le monde nous conseille dans le village de Dengjiaying, pourtant personne ne semble respecter cette idee. En effet il y a plus de personnes que de trains qui passent sur ces rails. Meme les enfants les empruntent pour aller a l’ecole. Les rails ont cet avantage de n’etre jamais boueux et suivre une longue ligne droite. D’ailleurs tout le village prefere passer par la. Les routes sont si mauvaises…

Un jour alors que nous marchions, le long des voies entoures d’une trentaine d’enfants intrigues par notre presence, quelques uns d’entre eux descendent les rails et se dirigent vers une petite maison faisant face a la voie de chemin de fer.

Un vieux monsieur au regard rieur les accueille avec un grand sourire. Soudain nous comprenons, c’est le marchand de bonbons. Une fois les enfants partis les poches pleines de sucreries, lui et sa femme nous invitent a nous asseoir dans leur petit magasin. Il loue cet endroit et y vivent depuis 1987. Lors que nous lui demandons son age, il n’est plus tres sur de lui «je suis ne environ dans les annees 30 » et part au fond du magasin chercher ses papiers officiels. Dans la petite boite qu’il rapporte nous y trouvons ses papiers et de vieilles photos de soldat. Fils d’agriculteur, ne en realite en 1936, il a fait le choix difficile de quitter sa famille et de rejoindre l’armee. En 1963, a l’epoque de Mao, avoir un fils soldat était un immense honneur pour les parents, surtout qu’a cette epoque la guerre entre la Coree du Nord et du sud risquait de s’etendre jusqu’en Chine. Heureusement ce ne fut pas la cas, et notre vendeur de bonbons du partir a la recherche d’un nouveau travail. Tres fier de son president et du bond en avant que celui-ci était en train d’initier, il a voulu participer lui aussi a la construction de la Chine. C’est pourquoi, durant presque 20 ans, il se consacra a la construction de voie de chemins de fer du Guizhou. La voie de chemin de fer, la, juste devant son magasin, c’est lui qui l’a construite, alors a chaque train qui passe, c’est son cœur qui se rempli de fierte.

Ils ont transmis les terres de sa femme a leur fils qui a repris le metier de son grand père. Le vendeur de bonbons, absent au moment de la grande redistribution des terres de 1981, n’a pas eu comme les autres son petit lopin. Cela ne fait donc pas beaucoup de terre pour faire vivre une famille si nombreuse. En effet son fils a quatre enfants, deux garcons, une fille, et chose extremement rare, un enfant hermaphrodite.

Aujourd hui lui et sa femme n’aspirent plus qu’a une fin de vie tranquille. Ils sont heureux de voir chaque jour les enfants venir leur acheter des bonbons.

lundi 13 octobre 2008

Madame Baozi

Madame Baozi, c’est comme ca que nous la surnommons. Nous l’avons rencontree pour la premiere fois devant son magasin de friandises et de brioches chinoises, au bord de la route principale de Niupeng. C’est chez elle que nous avons goute nos premiers Baozi. Une boule blanche faite de farine et d’eau, fourree de tofu, de patate ou d’une mixture sucree. Ces trois sortes de Baozi sont cuits a la vapeur et sont tous mélanges dans une seule cocotte chauffee au charbon de bois. Nous avons tout de suite accroche au gout de ces Baozi qui nous ont rappele la chair du pain francais.


Aussi, chaque matin, nous rendions visite a Mme Baozi pour lui acheter deux de ces delicieuses boules blanches fourrees, pour seulement 1 yuan. Nous revenions egalement chaque jour pour le sourire de cette vieille dame. Nous ne pouvions absolument pas communiquer, mais nous sentions qu’elle etait contente de nous voir et se rejouissait de nous vendre ses meilleurs Baozi et parfois meme de nous les offrir.

Tous les matins qu’il pleuve ou qu’il vente, madame Baozi etait a son post et toujours avec un large sourire. “Cette vieille dame regorge d’ energie et de joie de vivre” pensions nous. Elle nous proposait avec une gentillesse infinie de s’asseoir chez elle pour nous mettre au chaud. Faute de temps, nous declinions son offre a chaque fois
Puis un matin, nous avons voulu en savoir plus sur cette dame qui ponctuait toutes nos journees. Nous nous sommes donc arêtes et avons pris le temps de nous asseoir pour en savoir un peu plus sur madame Baozi.

L’accueil a assurement ete un des plus chaleureux. Cette fois, elle nous a offert un vrai repas : mais concasse, radis, tofu, chou et autres mets delicieux.


Madame Baozi, s’appelle en realite Maxin Qiao, elle appartient a la minorite des Hue. Elle est donc musulmane, ce qui explique qu’elle porte le voile et que l’on retrouve une image de la mecque des l’entrée de son magasin.
Cette dame de 60 ans etait agricultrice a Yin Shang, un village a 3 km de Niupeng. Elle nous explique que nous la voyions chaque jour depuis notre arrivee, mais qu’elle tient ce magasin a Niupeng seulement depuis 1 mois. Nous ressentons alors sa voix tremblee, elle commence a nous expliquer les difficultes qu’elle traverse en ce moment. C’est alors que le voile est tombe sur le sourire de madame Baozi.

Elle nous explique qu’elle a du venir s’installer a Niupeng pour faire un peu d’argent. En effet son fils a ete blesse deux fois et longe depuis un mois dans un lit d’hopital. Plus qu’une simple bagarre, c’est un vrai drame qui touche toute sa famille. A Yin Shang, seulement 8 familles sont un peu exclues et vivent dans la montagne. Des entrepreneurs ont decide d’installer une usine d’exploitation des roches de la montagne pour en faire de la poudre et fabriquer des briques. Ces 8 familles dont celle de madame Baozi se sont opposes a cette installation qui allait detruire tout leur environnement et lieu de vie. Malheureusement quelques discussions entre ces familles et les gens de l’usine ont mal tourne. Une bagarre a eclate. Son fils a ete severement blesse. Elle nous montre la veste qu’il portait le soir du drame. On y voit des traces de sang seche. Son fils en a pour au moins 3 mois d’hopital. Nous en avons deduit qu’il etait dans un coma profond, sans vraiment oser en demander plus sur sa situation. C’est alors que madame Baozi s’est mise a pleurer a chaudes larmes. Le gouvernement n’a rien fait pour l’aider, nous dit elle. La police a simplement juge que les malfaiteurs devaient lui verser 10 000 yuan pour payer les soins pendant les 3 mois d’hopital. Ce qui est bien sur insuffisant pour reparer la vraie blessure de madame Baozi. D'autant plus que le combat est perdu, dans quelques annees cette industrie verra le jour a Yin Shang. Desormais sa belle fille s’occupe seule des terres et ses enfants, ages seulement de 5 et 7 ans sont obliges de vivre a l'arriere du petit magasin de leur grand mere.

C’est un peu genes que nous continuons de lui poser quelques questions. D’autant plus que le sort semble s’acharner sur elle. En effet, son mari est aveugle et ne peut donc aider sa famille. Madame Baozi retourne le voir dans son village regulierement (tous les 10 jours), mais a ete obligee de le laisser seul pour ramener un peu d’argent. Elle loue le magasin ou elle vend ces delicieux baozi et autres sucreries et ne gagne qu’environ 15 yuan par jour, sans compter l’achat des bonbons et de la matiere premiere.

Nous sommes repartis un peu bredouillants. Elle a refuse qu'on lui paye le repas et nous a remercie longuement de venir aider les agriculteurs a Niupeng toujours avec le meme sourire, mais maintenant nous savons ce qu'il cache...