lundi 17 novembre 2008

Le biogaz a la montagne

C’est au sommet d’une montagne de Niupeng que nous retrouvons le petit village de Dengjiaying. La vue est a couper le souffle. On en oublierait presque les routes lamentables qu’empruntent chaque jour les habitants du village. Lorsque l’on s’aventure un peu plus a sillonner les chemins boueux du village, nous retrouvons un petit groupe de maisons, bloti au coeur d’une foret de pins. Le vert des arbres est en contraste avec le rouge intense de la terre. Les maisons, d’un brun clair, sont pour la plupart delabrees, fissurees. Certaines sont meme abandonnees. Cependant la densite importante de ces petites baraques en terre, entremelees les unes aux autres, confere a Deng jia ying un caractere tres chaleureux. La presence de poules, de vaches, de cochons ou de chiens dans tous les moindres recoins renforce l’ambiance conviviale.

C’est au milieu de cette palette de couleurs que se dresse une belle maison blanche…

C’est une dame qui nous ouvre la porte, suivi de deux jeunes garcons. Apres avoir fait fuire le chien qui monte la garde, elle nous invite a entrer et nous asseoir. Elle nous couvre de toutes les attentions, tres fiere de nous accueillir dans sa nouvelle maison que son mari vient de lui offrir. Elle nous raconte qu’il l’a construite lui meme et nous explique que rien n’aurait ete possible sans la tenacite et la volonte de son mari. Elle nous raconte le courage dont il a fait preuve au cours de sa vie. Celui-ci n’a pas hesite a quitter son village natale pour se lancer dans la vente de pierres dans le Yunnan, la province voisine. Lorsque son grand-pere lui cede ses quelques 10 mous, il est revenu s’installer et a tout de suite investi l’argent gagne dans une nouvelle culture qui n’avait pas encore fait ses preuves : le tabac.

Alors, il y a trois mois, lorsqu’il a entendu parler d’Initiative Developpement et du biogaz, il a ete un des premiers a tenter l’experience, malgre les 1500 yuan et le temps de travail que lui a pris la construction du reservoir. Il espere ainsi economiser 700 yuans par an.

A peine utilise, le biogaz fait deja le bonheur de la famille. Les toilettes directement reliees a la cuve, sont beaucoup plus propres qu’avant. Maintenant les dechets vont dans le reservoir et ne macerent plus sur place. Et puis surtout, cela fait le bonheur des enfants, qui grace a la nouvelle plaque ont leur dejeuner plus rapidement. Autant de sommeil gagner avant d’aller a l’ecole.

Plus tard ils esperent en plus pouvoir profiter des dechets du biogaz pour les epandre sur leurs terres et diminuer la consommation d’engrais chimiques…

Le train train des bonbons

“Evitez de marcher sur la voie de chemin de fer”, voila ce que tout le monde nous conseille dans le village de Dengjiaying, pourtant personne ne semble respecter cette idee. En effet il y a plus de personnes que de trains qui passent sur ces rails. Meme les enfants les empruntent pour aller a l’ecole. Les rails ont cet avantage de n’etre jamais boueux et suivre une longue ligne droite. D’ailleurs tout le village prefere passer par la. Les routes sont si mauvaises…

Un jour alors que nous marchions, le long des voies entoures d’une trentaine d’enfants intrigues par notre presence, quelques uns d’entre eux descendent les rails et se dirigent vers une petite maison faisant face a la voie de chemin de fer.

Un vieux monsieur au regard rieur les accueille avec un grand sourire. Soudain nous comprenons, c’est le marchand de bonbons. Une fois les enfants partis les poches pleines de sucreries, lui et sa femme nous invitent a nous asseoir dans leur petit magasin. Il loue cet endroit et y vivent depuis 1987. Lors que nous lui demandons son age, il n’est plus tres sur de lui «je suis ne environ dans les annees 30 » et part au fond du magasin chercher ses papiers officiels. Dans la petite boite qu’il rapporte nous y trouvons ses papiers et de vieilles photos de soldat. Fils d’agriculteur, ne en realite en 1936, il a fait le choix difficile de quitter sa famille et de rejoindre l’armee. En 1963, a l’epoque de Mao, avoir un fils soldat était un immense honneur pour les parents, surtout qu’a cette epoque la guerre entre la Coree du Nord et du sud risquait de s’etendre jusqu’en Chine. Heureusement ce ne fut pas la cas, et notre vendeur de bonbons du partir a la recherche d’un nouveau travail. Tres fier de son president et du bond en avant que celui-ci était en train d’initier, il a voulu participer lui aussi a la construction de la Chine. C’est pourquoi, durant presque 20 ans, il se consacra a la construction de voie de chemins de fer du Guizhou. La voie de chemin de fer, la, juste devant son magasin, c’est lui qui l’a construite, alors a chaque train qui passe, c’est son cœur qui se rempli de fierte.

Ils ont transmis les terres de sa femme a leur fils qui a repris le metier de son grand père. Le vendeur de bonbons, absent au moment de la grande redistribution des terres de 1981, n’a pas eu comme les autres son petit lopin. Cela ne fait donc pas beaucoup de terre pour faire vivre une famille si nombreuse. En effet son fils a quatre enfants, deux garcons, une fille, et chose extremement rare, un enfant hermaphrodite.

Aujourd hui lui et sa femme n’aspirent plus qu’a une fin de vie tranquille. Ils sont heureux de voir chaque jour les enfants venir leur acheter des bonbons.